ENQUETE.
L’énigme autour de l’enfant perdu de Marseille s’épaissit
«CE TEST ADN n’est peut-être pas l’ultime rebondissement », prévient Jacques Dallest, le procureur de Marseille, pour résumer le flou persistant autour de l’affaire du petit Mohamed.
Les tests ADN, tombés mercredi, sont formels : Fatma, la femme de 34 ans qui se présentait comme la maman du garçonnet de 2 ans et demi retrouvé en août dernier errant seul dans une cité marseillaise, n’en est pas la mère biologique. Placée en garde à vue, Fatma, de nationalité algérienne, a été mise en examen mercredi soir pour « substitution d’enfant, simulation d’enfant, aide au séjour irrégulier et faux commis dans un acte authentique », délits passibles de cinq ans de prison et 45 000 € d’amende. Elle a été placée sous contrôle judiciaire.« Il est difficile de démêler le vrai du faux »
« Elle a reconnu ne pas être la mère mais a déclaré qu’elle avait adopté le petit en Algérie, raconte un policier. Il est difficile de démêler le vrai du faux dans ses déclarations, tout est à vérifier. » Les enquêteurs estiment qu’elle a réussi à fausser l’acte de naissance de l’enfant, où elle apparaît comme la mère biologique. source:"le Parisien"
Fatma a affirmé aux enquêteurs avoir adopté le garçonnet, qui serait né d’une fille-mère dont elle ne connaît pas l’identité, en Algérie, une démarche approuvée par un juge local. Ces explications laissent les policiers sceptiques, d’autant que l’enfant ne dispose d’aucune pièce d’identité et sa « mère » d’aucun document officialisant l’adoption. Le petit garçon n’est pas non plus enregistré par la Caisse d’allocations familiales et Fatma, sans emploi et vivant d’allocations, ne touchait pas de prestations sociales pour lui.
« L’adoption n’est pas possible en Algérie, il existe une procédure, la kefala, une délégation de l’autorité parentale qui doit être actée par un notaire, constate Jacques Dallest. Nous avons beaucoup de doutes sur les changements de versions de cette personne. » Le parquet de Marseille a lancé une commission rogatoire internationale pour demander aux autorités algériennes d’enquêter sur place.
Le feuilleton qui a démarré en août continue donc pour déterminer la véritable identité du garçonnet, aujourd’hui placé dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance et qui n’a jamais pu donner aux enquêteurs ni son nom ni aucun autre élément permettant de retrouver ses parents.
Récupéré par des riverains alors qu’il errait seul dans la cité Fonscolombes le 5 août, personne n’était venu le réclamer pendant douze jours, malgré un appel à témoins largement diffusé.
Le 17 août, Khaldia Dussourt, une cousine de Fatma, s’était manifestée auprès de la brigade des mineurs, affirmant avoir reconnu le garçonnet. Il s’appellerait Mohamed, serait âgé de 2 ans et demi et souffrirait d’un léger retard mental, ce qui expliquerait son mutisme. Khaldia Dussourt avait alors contacté Fatma, en voyage en Algérie depuis le 9 juillet, pour lui demander de rentrer, ce qu’elle avait fait deux jours plus tard.
A son retour, elle avait expliqué à la brigade des mineurs avoir confié l’enfant contre rémunération à une connaissance nommée Naïma. Cette nounou, sans papiers, l’aurait égaré et n’aurait pas osé aller le réclamer. La jeune femme, qui pourrait détenir une partie de la solution de l’énigme, s’est depuis évaporée et est toujours activement recherchée.
Une enquête sociale a été confiée à un juge des enfants et concerne également les quatre autres enfants de Fatima, rentrés d’Algérie il y a quelques jours. Ils ont été placés en foyer et des tests génétiques devraient être pratiqués sur eux. Les résultats sont attendus la semaine prochaine.